Tu as peut-être vu passer l'info : le Royaume-Uni va faire payer les conducteurs de voitures électriques au kilomètre parcouru. Une petite révolution fiscale, et une question qui revient forcément : est-ce que la France va suivre ? On fait le point sur ce qui est réellement décidé, et sur ce que ça change pour toi si tu roules pour ton activité.
Ce qui a été décidé au Royaume-Uni
Lors de son budget d'automne 2025, la chancelière Rachel Reeves a annoncé une nouvelle taxe baptisée eVED (Electric Vehicle Excise Duty). Le principe est simple : à partir d'avril 2028, les conducteurs de voitures électriques et hybrides rechargeables paieront une taxe proportionnelle aux kilomètres parcourus.
Les tarifs annoncés :
3 pence par mile pour les voitures 100 % électriques (BEV) ;
1,5 pence par mile pour les hybrides rechargeables (PHEV), au motif qu'ils paient déjà de la taxe sur le carburant qu'ils consomment.
Cette taxe s'ajoute à la VED, l'équivalent britannique de la taxe de circulation, que les véhicules électriques continueront à payer. Selon les chiffres avancés, un conducteur moyen parcourant environ 8.500 miles par an paierait autour de 255 £ par an. Côté État, la mesure devrait rapporter de l'ordre de 1,1 milliard de livres la première année, avec une montée en puissance ensuite. Les tarifs sont prévus pour augmenter chaque année avec l'inflation à partir de 2029-2030.
Pourquoi une taxe pareille arrive
La logique n'a rien de mystérieux, et elle est la même partout en Europe. Historiquement, les États tirent une part importante de leurs recettes de la taxe sur les carburants (le carburant est lourdement taxé à la pompe). Plus le parc automobile s'électrifie, plus cette manne fond : une voiture électrique ne passe pas à la pompe, donc elle ne paie pas cette taxe.
Le Royaume-Uni fait un constat comptable : à mesure que les conducteurs passent à l'électrique, les recettes de la taxe carburant baissent, et il faut bien compenser ce trou. Faire payer à l'usage, c'est-à-dire au kilomètre, est une façon de reconstruire cette recette sans dépendre du carburant. C'est un signal à surveiller, parce que le problème de fond, lui, est partagé par tous les pays qui électrisent leur parc, France comprise.
Et en France, alors ?
C'est la vraie question. Soyons clairs : à ce jour, aucune taxe au kilomètre sur les véhicules électriques n'est annoncée en France. Rien de tel ne figure dans un texte voté ou un projet engagé, et il n'existe ni système de mesure ni phase de test à ce stade.
Le débat, lui, existe bel et bien. Comme au Royaume-Uni, l'électrification du parc érode les recettes de la TICPE (la taxe sur les carburants) : selon le Conseil des prélèvements obligatoires, le manque à gagner atteindrait 7 à 10 milliards d'euros par an dès 2030. Plusieurs institutions ont donc étudié comment compenser ce trou. Voici ce qu'elles proposent, et surtout ce qu'elles écartent.
Ce qui est écarté : la piste britannique. Dans un rapport de juin 2026, la Cour des comptes rejette l'idée d'une taxe au kilomètre sur les électriques, ainsi que celle d'un boîtier de suivi installé sur les bornes de recharge. La raison est notamment juridique : la directive européenne « Eurovignette » interdit de cumuler une taxe kilométrique avec des péages déjà existants, ce qui est le cas sur le réseau français.
La piste privilégiée : une vignette annuelle. Le Conseil des prélèvements obligatoires, dans un rapport de juin 2026, penche plutôt pour une redevance annuelle de détention (une forme de vignette), de l'ordre de 95 € par an en moyenne, plutôt qu'une taxation au kilomètre. À l'inverse, une hausse anticipée de l'accise sur l'électricité de recharge est jugée risquée, parce qu'elle freinerait justement l'électrification que l'État cherche à encourager.
Autrement dit, côté français, le sujet du financement est réel et documenté, mais la réponse envisagée à ce stade ressemble davantage à une vignette forfaitaire qu'à une taxe au kilomètre à la britannique. Et rien n'est voté.
En résumé
Le Royaume-Uni instaure, dès avril 2028, une taxe au kilomètre (eVED) sur les voitures électriques et hybrides rechargeables, pour compenser la baisse des recettes de la taxe carburant. En France, rien d'équivalent n'est annoncé à ce jour : la Cour des comptes écarte la taxe au kilomètre (incompatible avec les péages existants), et le Conseil des prélèvements obligatoires penche plutôt pour une redevance annuelle de détention, de l'ordre de 95 €. Le débat sur le financement des routes, lui, ne fait que commencer.

